Le Kendo
1) Les origines

Takasugi Shinsaku photgraphié par Ueno Hikoma en 1866
Les techniques actuelles du kendo trouvent leur origine dans l’ancien ken-jutsu ou “art du sabre ”. Le but du ken-jutsu était d’abattre un adversaire le plus rapidement possible grâce à des frappes d’estoc et de taille. Un tel enseignement n’était dispensé qu’à un petit groupe de guerriers par un ancien samouraï expérimenté.
Ce ne sont qu’une partie des techniques fondamentales du ken-jutsu qui ont été retenues, puis codifiées pour créer le kendo. Ken signifie sabre et Do signifie voie, ainsi kendo signifie “ la voie par le sabre ” ou “ la voie du sabre ”.
A la fin du XIIe siècle, s’est constitué la classe des samouraïs qui n’est autre qu’une armée aristocratique. Leur rôle dans la vie socio-politique japonaise était important. Ils se consacraient aux maniements des armes, à la philosophie et aux pratiques artistiques. Tous les samouraïs se référaient à un code oral nommé Bushido ou “ voie du guerrier ”.
Au XIIIe siècle, une technique capitale et très efficace fut mise au point par Shigenobu Heyashizaki. Il s’agit d’une manière de dégainer extrêmement rapide, et qui permettait de toucher son adversaire avant que celui-ci puisse se mettre en garde. Cette technique appelée iaï fut incorporée au ken-jutsu.
Entre le XIVe et le XVIe siècle, sous la dynastie Muromachi, Ittosaï Itto fonde l’Itto-Ryu (école d’un seul sabre) qui influença le kendo moderne.
Au XVIIe siècle, les personnages influents furent Ganryu Sasaki, Munisaï Shimen, Musashi Myamoto (1582-1645), et Mitsuyoshi Yagyu.
Ganryu Sasaki vaincu par Munisaï Shimen, s’est vengé en l’assassinant, puis à son tour Musashi Myamoto décide de venger la mort de son père et traqua son assassin. Il parvint à tuer Ganryu Sasaki lors d’un célèbre duel. Finalement, Myamoto Musashi a fondé l’école Enmeï (école à deux sabres). Mitsuyoshi Yagyu alias Jubeï ( 1607-1650), quant à lui, perfectionna la plus fameuses des formes de ken-jutsu.
2) Le samouraï

Kenjyutsu Machidojo au Japon au début de la période Meiji (1870-1900)
Qu’en est-il du samouraï et de son esprit ? En dehors de la guerre, le samouraï (entièrement dévoué à son maître) perfectionnait sa technique de combat et son savoir. D’une certaine manière, il était un éternel étudiant. Celui-ci tendait sans cesse à un idéal de sagesse et de servitude. D’ailleurs, à la mort de son maître, le samouraï est tenu de l’accompagner : il procèdait au seppuku (le sacrifice suprême). Dans un tel cas, le samouraï pouvait être assisté par un autre samouraï qui lui tranchait la tête après qu’il se fut éventré. Ce n’est pas un hasard si c’est la partie abdominale qui était visée, en effet, cette région du corps (hara-tanden) était tenue pour être le foyer de l’énergie et du courage. Cet acte suicidaire est donc hautement symbolique. Par ailleurs, le principe de “ l’énergie des hanches ” est encore tout à fait essentiel dans la pratique du kendo actuel.
Entre 1611 et 1672, la pratique du seppuku fut prohibée par Masayuki Hoshina, toutefois on le pratiqua jusqu’au XXe siècle (i.e la défaite de la deuxième guerre mondiale).
3) Innovations et évolution
Trois grands maîtres ont marqué l’époque Edo (1603-1887) : Zesuiken Iba, Kanshin Teranishi et Tadaki Ono. Tous les trois ont modifié la pratique du ken-jutsu (en raison d’un grand nombre de blessés) en introduisant le port d’une armure de protection lors des entraînements : protection de la tête, des épaules et tronc, en particulier.
Au XVIIIe siècle, Chuta Nakanishi, quant à lui, innove tant dans le domaine de l’armement que dans celui de la protection. En effet, il propose à ses élèves le port des kote (sorte de moufles de protection), du do (une protection de la poitrine) et l’usage d’un sabre factice, le shinaï (sabre constitué de quatre pièces de bambous et fixé par différentes pièces de cuir).En 1760, il existait alors trois sortes de sabres : le katana, le boken et le shinaï.
Ainsi, la nouvelle forme que prit le ken-jutsu imposa l’établissement de nouvelles règles, et le nouveau style qui en apparu fut appelé kendo. Au sortir de la période féodale, l’utilisation du sabre en public dans la capitale Kyoto fut interdite, ce qui affaiblit considérablement l’évolution du kendo. Néanmoins, de nombreuses personnes ont continué à pratiquer les différents styles. Finalement le Bushido disparut progressivement, faute d’argent accordé pour le maintien de salles d’entraînement.
Si le kendo a pu survivre, c’est grâce à la police et en particulier grâce à Kenkichi Sakakibara (1830-1894). En effet, celui-ci organisa de nombreuses démonstrations pour éveiller l’intérêt du public à cette pratique. En 1891, le kendo fut introduit dans les écoles. En 1909, Noboru Watanabe fonda le premier collège de la fédération de kendo, et en 1928 naît la Fédération générale de kendo. Son premier président élu fut M. Matsataro Fukuda.
4) Les grades
- shodan = 1er degré
- nidan = 2e degré
- sandan = 3e degré
- yondan = 4e degré
- godan = 5e degré
- rokudan = 6e degré
- sichidan = 7e degré
- hachidan = 8e degré
Le pratiquant débutant doit d’abord passer les six kyus avant de pouvoir accéder au 1er dan. Il faut pratiquer le kendo au minimum deux ans avant de pouvoir prétendre au 1er dan.
5) L’introduction du kendo en Europe
En 1930, c’est d’abord l’Angleterre qui connaîtra le kendo. Ensuite, il sera pratiqué en Yougoslavie, en France, en Hollande… et en Suisse.
6) Bibliographie
- Le guide Marabout de l’aïkido et du kendo, Tony Thielemans, ed. Marabout service, 1967, Belgique. C’est cet ouvrage qui m’a principalement servi pour constituer ce petit historique.
- Kendo, the definitive guide, Hiroshi Ozawa, éd. Kondasha International, Tokyo, New York, London, 1997.
Sébastien Favez
